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La potasse

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Le mot potasse vient de l’anglais Pot ash, qui veut dire pot de cendre, il y a deux siècles la potasse était extraite de cendre de bois dans de grands pots en fer. La première mine de potasse est ouverte en Allemagne au milieu du 19e siècle, aujourd’hui la potasse provient principalement des mines de potasse du Saskatchewan (Canada) et de l’Oural (Biélorussie et Russie). Il ne faut pas confondre la potasse, minerai composé de Sylvinite et riche en oxyde de potassium utilisé comme engrais après raffinage, avec le potassium, élément chimique de symbole K, métal alcalin obtenu à partir de la potasse. La potasse provient d’eau de mer piégée dans des plaines, il y a des millions d’années, cette eau s’est évaporée en laissant une couche composée de sulfate de calcium, de chlorure de sodium (sel), de chlorure de potassium et de sels de magnésium. Aujourd’hui, les gisements de potasse se trouvent enfouis à une profondeur de 500 à 1 000 mètres sous terre. La potasse est utilisée à 95% par l’agriculture, le reste est consommé pour les détergents, les savons et le verre.

I. L’agriculture.
Plusieurs grandes tendances me semblent clairement identifiées pour l’agriculture :
La croissance de la population mondiale : 2.5 milliards en 1950, elle atteint 5.9 milliards d’habitants en 1998. La population mondiale est aujourd’hui estimée à 6.8 milliards d’habitants, une stabilisation n’est pas envisageable avant 9 milliards d’habitants. En parallèle, comme la surface des terres arables stagne depuis 30 ans alors une baisse continue de la surface arable par habitant dans le monde est inévitable.

Le changement des habitudes alimentaires : les pays émergents adoptent le régime alimentaire des pays riches c’est à dire une alimentation enrichie en protéines. La consommation de bœuf augmente, le bœuf consomme du blé qui entraine une hausse de l’épandage d’engrais. Il faut 100 fois plus d’eau pour produire un 1 kilogramme de bœuf qu’un kilogramme de blé, de plus il faut 7 kilogrammes de blé pour un kilogramme de bœuf. La consommation de viande en Chine a plus que doublé de 1989 à 2009, elle est aujourd’hui de 50 kilogrammes par habitant et celle des USA est de 126 kilogrammes par an !
Les surfaces agricoles stagnent, voire baissent sous l’effet de la désertification, l’urbanisation, la salinisation des sols, la déforestation, la mauvaise irrigation, l’érosion et les changements climatiques. Les terres cultivables sont un bien précieux, gérées à court terme, leur quantité et leur qualité sont menacées. Les terres arables et l’eau sont des biens précieux trop souvent gaspillés par une gestion à court terme.

Le problème de l’eau ou l’or bleu, aujourd’hui nous faisons pousser des tomates dans des déserts, du riz là où il y avait du blé, des mangues à la place de cactus… Ces miracles agricoles se font au prix de gaspillages de précieuses réserves d’eau. Depuis 1961, les surfaces agricoles équipées de systèmes d’irrigation ont doublé dans le monde. Les besoins en eau  ne cessent d’augmenter alors que les réserves n’ont jamais été aussi menacées par la mauvaise gestion, la pollution, la disparition des zones humides, les sécheresses (l’agriculture consomme les ¾ de l’eau dans le monde).
Les changements climatiques accentuent les sécheresses. La salinisation des sols, la désertification, les inondations et l’érosion sont des facteurs limitants pour la production agricole un peu partout dans le monde. Les inondations au Bangladesh, les grands incendies dans le sud de la Californie, les sécheresses de l’Australie sont presque devenus des phénomènes saisonniers.

Pour résumer, l’agriculture nourrit une population plus importante, dont l’alimentation augmente, mais dont les terres diminuent et sont de plus mauvaises qualités, sujettes à des stress hydriques et climatiques plus importants.
Pour compliquer encore, le prix des hydrocarbures est dans une tendance à long terme nettement haussière, ils sont nécessaires aux engrais azotés (N), aux tracteurs, aux pesticides.  Quand le prix du pétrole est haut une partie de la production agricole n’est plus utilisée pour la nourriture, mais pour la production d’agrocarburant…

Ces grandes tendances sont plus complexes, interconnectées et les sujettes à de nombreuses batailles sur les causes et les conséquences. Mais elles me semblent évidentes, observables tous les jours devant chez soi et dans le monde quand vous voyagez. L’agriculture va devoir faire des miracles pour réussir à nourrir cette population mondiale croissante sans accentuer les problèmes dont elle est elle-même victime.

 II. Les engrais et la potasse.
Les engrais comportent trois éléments de base nommés NPK : l’azote (N) pour le développement de la plante, le phosphore (P) pour la résistance et le potassium (K) pour le rendement, la qualité et la résistance au stress (maladie et sécheresse). La potasse permet de diminuer la transpiration de la plante, ainsi sa consommation d’eau diminue et la plante résiste mieux à la sécheresse. Vous remarquerez que les propriétés de la potasse sur la plante (fruit plus gros, résistance et sécheresse) correspondent aux problèmes actuels et futurs de l’agriculture (rendement, manque d’eau, maladie).
Les quatre principaux pays consommateurs d’engrais sont la Chine (1,3 milliard d’habitants), les USA (exportateur agricole), l’Inde (1 milliard d’habitants) et le Brésil (exportateur agricole). Parmi ces quatre premiers consommateurs d'engrais, on trouve trois pays en voie de développement (Brésil, Inde et Chine) qui ont une très forte croissance et dont la demande de l’agriculture est croissante.

La potasse est principalement utilisée dans la culture des fruits et légumes (17%), le maïs (15%), le blé (15%), le riz (14%), la production de sucre (4%), le coton (4%), le soja (4%) et l’huile de palme (2%). De 1961 à aujourd’hui, la population mondiale a doublé, dans le même temps la production de blé et de riz a triplé, la production de légumes et de maïs a quadruplé, la production de tomates a quintuplé et la production de soja a octuplé. La production des cultures utilisant la potasse (légumes, blé, riz, céréales, soja…) a progressé plus vite que la croissance de la population de 1961 à aujourd’hui. Cette tendance va probablement continuer dans les prochaines années avec la poursuite de la croissance de la population mondiale et les changements des habitudes alimentaires.

III. La production et le prix de la potasse.
Depuis la première découverte de la potasse au Canada  (1943) et en Union soviétique (1949), le Canada domine la production mondiale de potasse. 95% de sa production provient de la province du Saskatchewan et 5% du Nouveau-Brunswick. En 2009, la production mondiale de potasse a baissé de presque un tiers, elle est passée de 35 à 25 millions de tonnes, les raisons sont la hausse des prix et la crise. La même année, le Canada a produit 6 500 tonnes de potasse, n°2 la Biélorussie avec 3850 tonnes de potasse, n°3 la Russie avec 3 600 tonnes de potasse, n°4 la Chine avec 2750 tonnes de potasse, n°5 l’Allemagne avec 2 300 tonnes de potasse et n°6 Israël avec 2 000 tonnes de potasse. 85% de la production mondiale de potasse provient de ces 6 pays, 55% de la production et 75% des réserves proviennent de deux régions du monde : le Saskatchewan et l’Oural. La demande d’engrais est presque universelle, mais sa production est limitée à une poignée de pays. Les grands pays consommateurs d’engrais (Chine, USA, Inde et Brésil) dépendent pour leur production agricole d’un nombre restreint de pays. La Chine (riz, blé), quatrième producteur mondial de potasse, a des problèmes importants de terres cultivables et d’eau ; elle ne couvre que le ¼ de ses besoins avec sa production de potasse. Les USA (maïs, soja, blé), le Brésil (soja, maïs, sucre de canne) importent 90% de la potasse qu’ils consomment et l’Inde (Riz, blé) importe 100% de la potasse qu’elle consomme pour nourrir son milliard d’habitants. La potasse n’est pas rare, les ressources sont très importantes, mais elles sont concentrées dans quelques lieux privilégié du globe, principalement au Canada, en Russie et en Biélorussie, les pays producteurs sont dix fois plus rares que les pays consommateurs.

La potasse n’a pas de cotation continue comme le pétrole ou l’or, le prix de vente est le résultat de négociations directes entre consommateurs et producteurs. Le prix de la potasse a considérablement augmenté ces dernières années, conséquence de la hausse de la demande et de l’offre « inélastique » de la production de potasse. C’est le résultat du nombre limité de producteurs (sept producteurs de potasse totalisent les ¾ de la production mondiale de potasse) et des investissements considérables nécessaires à l’ouverture d’une nouvelle mine de potasse. Par exemple, le Canada, premier producteur au monde de potasse, totalise seulement 11 mines en opération gérées par  trois compagnies minières.

Le prix de la potasse a stagné dans un canal de prix entre 130 et 160 dollars de 1991 à 2003 dollars, ensuite le prix de la potasse est monté à plus de 1 000 dollars en 2008 avant de retomber à 350 dollars pendant la crise. Aujourd’hui, le prix de la potasse est le résultat d’un bras de fer entre consommateurs (Chine & Inde) et producteurs (Canada & Russie). Il est même difficile de donner un prix pour les cours actuels tellement la situation est tendue entre producteurs et consommateurs. Il est possible d’estimer une fourchette de 350 à 400 dollars à la vue de certains contrats signés récemment. La Chine a signé avec un producteur biélorusse à 350 dollars la tonne de potasse et l’Inde avec les producteurs canadiens à 370 dollars la tonne de potasse, mais ce ne sont que des contrats à court terme. Avec la hausse des prix, ils ont plus que quadruplé en 4 ans, et la crise, les fermiers ont utilisé moins de potasse. Ainsi, les plantes ont puisé dans la terre les réserves existantes de potasse, l’appauvrissant, la consommation devrait repartir pour éviter une forte chute de rendement des cultures. Il est possible de ne pas faire d’apport de potasse pendant 1 ou 2 ans, au-delà les rendements baissent très vite.

Il semble clair à la vue des fondamentaux (hausse de la population, changement de consommation, diminution des terres agricoles, problèmes d’eau et les changements climatiques), de l’intérêt des grands groupes miniers, de l’inquiétude de la Chine, de l’Inde et du Brésil que la production de potasse va augmenter à long terme (il n’existe pas de substitut connu à la potasse). La vitesse de la croissance de la production de potasse va déterminer le niveau de prix de la tonne de potasse, car les capacités excédentaires de production de potasse diminuent chaque année avec la hausse de la demande.
Le prix d’entrée pour faire partie du club très fermé des producteurs de potasse est de 1 à 3 milliards de dollars pour la construction d’une mine de potasse après l’achat d’une des rares juniors. A ce tarif, la production de potasse est un secteur où les prétendants se comptent sur les doigts d’une seule main…

                Dr Thomas Chaize

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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